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Villa Lante
vu par Sophie en mai 2009

Un peu d'histoire et de vue d'ensemble ...
la fontaine des lumières
la fontaine du déluge

De la naissance du jardin.

En 1566, Giovan Francesco Gambara devient évêque de Viterbe. Comme ses prédécesseurs, il dispose d'un terrain de chasse à Bagnaia, bourg tout proche de son évêché.

Il a probablement visité les travaux pharaoniques entrepris par Hippolyte d'Este à Tivoli et le jardin de ses cousins Farnèse à Caprarola. Il a très envie de les imiter et demande au grand Vignola, l'architecte de la villa Farnèse, d'imaginer les plans du jardin et de la villa dont il rêve.. Vignola dessine le pavillon de droite (6) et ébauche les plans du jardin. Mais il meurt en 1573.


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Gambara s'adresse alors à Tommaso Ghinucci de Sienne. Il le connaît bien puisque c'est lui qui a organisé les travaux d'aménagement du bourg. Il a aussi montré ses talents en hydraulique à la villa d'Este. Sous ses ordres, Ghinucci fignole alors les plans du jardin et règle à la perfection les fontaines, bassins et jeux d'eau.

Entretemps, le cardinal devient proche du pape Pie V et un grand inquisiteur zélé.... Montaigne lui rend visite en 1581 et garde du jardin un souvenir extraordinaire, le plaçant au-dessus de la villa d'Este et du Pratolino:
Giacomo Barozzi da Vignola (1507-1573) dit Vignola. Arès une formation de peintre, il étudie l'architecture à Bologne. Il travaille beaucoup pour Julles III, notamment pour la villa Giulia avec Vasari. Pendant un séjour en France, il surveille les travaux de moulage de statues en bronze destinées au parc de Fontainebleau. Tout le monde considère la Villa Farnèse comme son chef d'oeuvre.
"Le samedi, dernier Septembre, je partis de bon matin de Viterbe et je pris la route de Bagnaia. C'est un endroit appartenant au Cardinal Gambara qui est fort orné et surtout si bien fourni de fontaines, qu'en cette partie il paraît non seulement égaler, mais surpassr même Pratolino et Tivoli. Il y a d'abord une fontaine d'eau vive, ce que n'a pas Tivoli, et très abondante, ce qui n'est pas à Pratolino; de façon qu'elle suffit à une infinité de distributions sous différents dessins. Le même M Thomas de Sienne, qui a conduit l'ouvrage de Tivoli, conduit encore celui-ci qui n'est pas achevé. Ainsi ajoutant toujours de nouvelles inventions aux anciennes, il a mis dans cette dernière construction beaucoup plus d'attention, de beauté et d'agrément. Parmi les différentes pièces qui la décorent, on voit une pyramide fort élevée qui jette de l'eau de plusieurs manières différentes: celle-ci monte, celle-là descend. Autour de la pyramide, sont quatre petits lacs beaux, clairs, purs et remplis d'eau. Au milieu de chacun est une gondole de pierre, montée par deux arquebusiers, qui, après avoir pompé l'eau, la lancent avec leurs arbalètes contre la pyramide, et par un trompette qui tire aussi de l'eau. On se promène autour de ces lacs et de la pyramide par de très belles allées, où l'on trouve des appuis de pierre d'un fort beau travail. Il y a d'autres parties qui plurent encore davantage à quelques autres spectateurs. Le palais est petit, mais d'une structure agréable. Autant que je puis m'y connaître, cet endroit certainement l'emporte de beaucoup sur bien d'autres, par l'usage et l'emploi des eaux. Le Cardinal n'y étoit pas; mais comme il est Français dans le coeur, ses gens nous firent toutes les politesses et les amitiés qu'on peut désirer. "
Michel de MONTAIGNE, Essais. Avec les notes et tous les commentaires. Edition publiée par J.V. Le Clerc, Paris, 1836

Gambara meurt en 1587. Un adolescent de 17 ans, Alessandro Peretti di Montalto, neveu de Sixte V le remplace. Malgré son jeune âge, il poursuit avec intelligence et enthousiasme l'aménagement du site. Il termine le bas du jardin, ajoute un second pavillon (5) et crée la fontaine de Pégase (2).

Un siècle pus tard, la Villa Gambara devient la Villa Lante, du nom d'Ippolite Lante Montefeltro della Rovere, duc de Bomarzo, qui l'achète à l'évêché. La famille y reste jusqu'au 19è siècle. Très sensible à la beauté du jardin, elle l'entretient à la perfection. Malheureusement les bombardements de 1944 l'endommagent beaucoup. A la fin du 20è siècle, Angelo Cantoni l'achète et entreprend fort heureusement de grands travaux de restauration.

De sa beauté.

Pour la première fois dans l'histoire des jardins italiens, l'eau forme à la fois l'ossature visuelle du jardin et la trame de la visite.

Les jardins de la Villa Lante occupent le flanc de la colline qui surplombe Bagnaia. Ils sont clos de murs et entourés d'un parc boisé (1). L'espace est organisé selon un plan central, strictement symétrique et réparti sur plusieurs terrasses. L'axe principal est dessiné par l'eau qui suinte de la fontaine du Déluge (11) pour alimenter la fontaine octogonale des dauphins (12) . Elle emprunte alors la fabuleuse chaîne d'eau (10), resurgit par la fontaine des géants (9) et traverse la table de pierre (8). Un temps souterraine, elle rejaillit par la fontaine des lumières (7) et tout en bas, inonde la fontaine des Maures (3).

L'habitation (5 et 6), répartie en deux pavillons cubiques et symétriques, est somme toute fort petite par rapport au jardin.

On entrait jadis par une porte monumentale (3) construite dans le prolongement de la perspective d'eau. Elle reliait directement le bourg au jardin. Aujourd'hui, on accède au jardin par le côté, par la fontaine de Pégase (2) et le pavillon Gambara (6).

Mais l'eau fait ici bien plus qu'organiser le paysage.

Fontaine du Déluge la table La fontaine des Maures
Elle stimule le cheminement intérieur du pomeneur. La fontaine de Pégase, à l'entrée, accompagnée par les Muses, avertit le visiteur: il entre dans le monde dans la poésie. Le voyage commence avec les bassins des Maures, lisses, géométriques et policés. Puis à chaque terrasse gravie, le flux se fait plus vif et évolue dans un cadre plus naturel. Tout en haut, à la fontaine du Déluge, l'eau sourd d'anfractuosités rocheuses et moussues. Sur les murs des loggias voisines, le voyageur retrouve les muses annoncées à l'entrée. Il est arrivé au terme de ce fabuleux retour aux sources.

Mais il se peut que tout cela ne soit qu'un prétexte pour utiliser le spectacle de l'eau sous toutes ses facettes: miroir des Maures, jets scintillants de la fontaine des Lumières, fraîcheur du canal de la table, tintements cristallins des volutes de la catena d'acqua, etc ...

Malgré l'importance de la mise en scène, le spectacle reste toujours dans le registre raffiné de la mesure et de la douceur de vivre: pas de chutes grandioses ni de cascades étourdissantes comme à la Villa d'Este. Les sentiments excessifs nuiraient à l'harmonie des lieux.

Ce jardin fut certainement un écrin de choix pour des promenade sensuelles et des fêtes fastueuses peu en accord avec l'austérité revendiquée par un grand inquisiteur....

Pour aller plus loin....

Je ne peux que vous conseiller la lecture de:

- Les jardins enchanteurs de la Villa Lante, dans L'estampille/ L'objet d'Art, n°436, juin 2008

- Vivian RUSSELL, Jardins d'Italie d'Edith Wharton, éd Albin Michel, Paris, 1998.

 

 

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